05.03.2009

Sauvons le soldat Le Vau

Quand un ministère diligente quasi directement un projet…. Quand la diplomatie se confronte à des intérêts patrimoniaux évidents…et surtout quand un architecte en chef choisit de moderniser outrageusement un édifice tout en prétendant « retrouver » son état d’origine… et bien, la polémique enfle, un peu tard évidemment, mais heureusement, et surtout grâce à la commission du vieux Paris.

 

C'est un débat idéologique sur la préservation et la transformation d'un patrimoine unique qui agite le coeur de cette polémique... autour d'un hôtel particulier, situé sur l'île Saint Louis, oeuvre majeure de Le Vau et en bien des points unique d'après les spécialistes (situation, plan, et configuration exceptionnels, type d'escalier particulier...), menaçée par un projet de transformation à la fois lourd (de conséquences) et ambigu (dans sa philosophie générale).


Louis Le Vau, contemporain des deux Mansart et de Lemercier, est un architecte français éminent à l’origine d’un style classique distingué par la simplicité des constructions et l'élégance des décorations. Son plus grand ouvrage demeure le château de Vaux-le-Vicomte.


L'hôtel Lambert (1642) est un de ses chefs d’oeuvres, doté d’une histoire riche et épique, et surtout d'une architecture remarquable :


Cet hôtel a été construit pour Jean-Baptiste Lambert, un trafiquant notoire : À sa mort, quatre ans après, c'est son frère dit Lambert le Riche, Président à la Chambre des comptes qui en devint propriétaire. L'hôtel Lambert fut au 19ème le plus grand centre politique, culturel et social polonais hors de Pologne. Le Prince Adam Czartoryski dût quitter la Pologne et y vécut. L’hôtel Lambert devint le lieu de grandes fêtes et aussi un centre culturel polonais où l'on pouvait croiser Sand, Delacroix et Chopin.... qui composa d'ailleurs nombre de ses polonaises à l’occasion du grand bal annuel ! Après-guerre, l’actrice Michèle Morgan l’a habité puis en 1975, il est devenu propriété des Rothschild jusqu'à la disparition de Guy de Rothschild. Il a été revendu ensuite à un frère de l'Emir du Qatar (en 2007).


Celui-ci, amateur d'art reconnu, veut actuellement y faire de grand travaux de rénovations pour le rendre « habitable » (cinq ascenseurs, 25 salles de bains mais après tout, chacun ses besoins !!)


 

Pour la critique et l'analyse technique et précise, lire le trés bon article de Claude Mignot,professeur d'histoire de l'art et de l'architecture à l'université de Paris-Sorbonne, membre de la commission du Vieux Paris.

 

 

un extrait du texte de Claude Mignot:

 

"Pourquoi diable faut-il une campagne de presse et d'opinion pour obtenir le respect de notre patrimoine ? Tous les atouts semblaient pourtant ici réunis : un propriétaire amoureux des arts, prêt à dépenser sans compter et donnant carte blanche à un architecte des Monuments historiques, épaulé par un comité scientifique. Mais voilà : l'architecte a une vision archaïque de la restauration, le comité ne comprenait jusqu'il y a quelques semaines ni spécialiste d'architecture ni spécialiste du second-oeuvre, et le ministère pilotait le tout en direct dans le secret."

 

 

 

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